BBC Monthey Chablais | A Chalon, où les Suisses prennent leur élan vers la NBA
2092
post-template-default,single,single-post,postid-2092,single-format-standard,woocommerce-no-js,ajax_fade,page_not_loaded,,columns-4,qode-child-theme-ver-1.0.0,qode-theme-ver-16.9,qode-theme-bridge,qode_header_in_grid,wpb-js-composer js-comp-ver-5.5.5,vc_responsive
 

A Chalon, où les Suisses prennent leur élan vers la NBA

A Chalon, où les Suisses prennent leur élan vers la NBA

Comme Thabo Sefolosha avant lui, Clint Capela a véritablement explosé lors de son passage à l’Elan sportif chalonnais, le premier club français qui s’est mis à scruter les parquets helvétiques en quête de jeunes talents.

Assane Ndoye connaît chaque centimètre carré de ces couloirs gris. Ici, le vestiaire de l’équipe professionnelle de l’Elan sportif chalonnais. Un peu plus loin, celui des jeunes, où une machine à laver le linge a été installée depuis l’époque où il s’y changeait lui-même. Entre les deux, un jacuzzi, un bain froid, et des employés qui déplacent des chariots remplis de ballons et de maillots neufs. Le grand jeune homme (1m96, 22 ans) pousse la porte qui débouche sur l’arène du Colisée; une vraie salle de basket aux gradins qui plongent vers le parquet et accueillent 5000 supporters pour chaque rencontre à domicile.

«Ce qu’il y a de particulier ici, c’est que les cadets et les espoirs jouent aussi dans cette salle, pas dans une annexe comme dans la plupart des clubs en France, fait-il remarquer. C’est un privilège qui incite à se dépasser.» Il y a tout de même une différence entre les pros et les jeunes: ils ne pénètrent pas dans la salle par le même côté. «Tout au long de notre formation, on nous répète qu’il faut travailler dur pour, à notre tour, pouvoir entrer par le bon tunnel.»

Parmi ceux qui ont relevé le défi, il y a Thabo Sefolosha et Clint Capela. Les portraits des deux Suisses surplombent le terrain comme ceux de tous les joueurs qui font la fierté du club pour avoir été draftés en NBA. C’était en 2006 pour le Vaudois, en 2014 pour le Genevois. L’expérience du premier a naturellement inspiré le second. «Je m’apprêtais à disputer un match avec l’équipe nationale des moins de 16 ans en 2008 quand on m’a dit que le chef du centre de formation de Chalon était dans les tribunes pour me voir, raconte le pivot des Houston Rockets, actuellement en Europe pour faire son retour sous le maillot national après des années d’absence. Ça m’a tout de suite parlé, car je savais que Thabo était passé par là.»

Filière suisse

Il n’est pas le seul à avoir suivi, en France, les traces du premier Suisse de l’histoire de la NBA. Vincent Gaillard (aujourd’hui aux Riviera Lakers), Axel Louissaint (Fribourg Olympic) et Kaanu Olaniyi (BC Boncourt) ont aussi fait leurs armes à Chalon-sur-Saône, petite cité bourguignonne de 45 000 habitants réputée pour son chardonnay, son pinot noir et ses basketteurs. Son équipe professionnelle compte deux titres de championne de France (2012, 2017). Son centre de formation est l’un des deux meilleurs du pays avec celui de Cholet, près de Nantes.

Il n’en a pas toujours été ainsi. «Au moment où Thabo rejoint Chalon en 2002, le centre de formation du club est noyé dans la masse et cherche à se démarquer. Il fallait trouver des joueurs de talent dans des territoires peu exploités par les autres structures, et la Suisse en était un», contextualise Romain Chenaud, actuel entraîneur assistant de la première équipe après plus de dix ans à la tête de la relève chalonnaise.

Aujourd’hui, la Suisse toute proche (moins de trois heures de route) appartient toujours au bassin de recrutement de l’Elan. «Je garde un œil sur ce qu’il s’y passe, reprend le technicien. Cela fait sens, d’autant qu’avec le temps des liens se sont créés avec la fédération et les clubs locaux. Désormais, nous ne sommes plus les seuls à nous intéresser à ce pays, mais le fait que Thabo et Clint soient passés par chez nous joue en notre faveur. Nous accueillons d’ailleurs actuellement un jeune meneur en provenance du BBC Monthey, Kyshawn George, en qui je crois beaucoup.»

Passe ton bac d’abord

Romain Chenaud, considéré par certains comme le meilleur formateur de France, a l’œil: c’est lui qui avait fait le déplacement à Martigny pour observer un adolescent nommé Clint. «N’importe qui l’aurait remarqué, souffle-t-il en toute modestie. En le voyant jouer un match et un entraînement, tout le monde aurait été convaincu de son potentiel.»

Restait à l’exploiter. Lors de ses premiers entraînements à Chalon, Clint Capela a pris conscience des exigences et du chemin à parcourir pour y répondre. «Je galérais lors des tests physiques, se rappelle-t-il. A un moment, nous devions faire douze tours d’un parcours. Je me suis écroulé après six, en me disant que je n’avais aucune chance de m’imposer dans ce contexte. Les autres me regardaient l’air de se demander ce que je faisais là, aussi mal préparé. Mais bon, l’après-midi, nous sommes passés sur le terrain de basket, et ils ont compris.»

Ont suivi cinq ans d’une progression fulgurante, notamment marqués par une saison 2012-2013 que Clint Capela n’oubliera «jamais»: il a remporté avec son équipe le titre de champion de France espoirs, a signé son premier contrat professionnel au club et… a passé son bac. «J’ai eu une petite période où je n’allais plus au lycée, en me disant que de toute façon je vivrais du basket. Mais au club, tous les jours, on m’encourageait à ne pas abandonner si près du but et, au final, je suis fier d’avoir persévéré.» Assane Ndoye complète: «Chalon met vraiment l’accent sur les études pour ses jeunes. Et ça, pour les parents, c’est un argument qui compte dans le choix d’un centre de formation…»

Hygiène de vie garantie

Ce Parisien est arrivé en Bourgogne en 2011 à l’âge de 16 ans, comme Thabo Sefolosha en 2002. Clint Capela avait une année de moins en 2009. C’est jeune pour quitter le nid familial. Le club en est conscient et tente de reformer un cocon autour de ses talents. Il n’y a qu’une route à traverser pour rejoindre le Colisée depuis l’internat où ils logent; le lycée est juste derrière. Ils n’ont pas à prendre les transports publics et peuvent se concentrer sur le sport et les cours. Tous ensemble. «Nous sommes tout le temps les uns avec les autres: à l’entraînement, à l’école, aux repas, lors des soirées, donc énormément de liens se créent, témoigne Assane Ndoye. Il y a une concurrence sur le terrain, évidemment, mais en dehors, à force de partager des échecs, des victoires, des émotions, nous formons une vraie famille.»

Composée de jeunes garçons la tête dans les nuages, la tribu ne passe pas inaperçue dans une petite ville tranquille comme Chalon. L’ailier de 22 ans rigole: «C’est clair que si nous perdons trois matchs de suite, je vais avoir des remarques en allant acheter ma baguette. Mais c’est valable aussi quand les résultats suivent: les gens nous identifient et n’hésitent pas à nous aborder. C’est agréable d’évoluer dans un contexte où la population n’est pas indifférente à notre actualité…»

Juste en face du Colisée, il y a un McDo et un bowling. Et puis… c’est tout pour la vie nocturne? «C’est un des avantages d’une petite ville comme Chalon, reconnaît Romain Chenaud. Il n’y a pas trop de tentations, et tout se sait très vite, donc nos joueurs ne peuvent pas faire n’importe quoi et c’est une garantie sur le plan de l’hygiène de vie.» Assane Ndoye balaie tout malentendu: «Nous sommes ici pour nous concentrer sur le basket, parce que nous savons que ce club est très efficace pour lancer des carrières.»

Du travail de pro

Sur les douze membres actuels de l’équipe professionnelle, cinq sortent directement du centre de formation maison. «De notre point de vue, l’objectif de la structure est d’alimenter notre première équipe, car c’est notre façon d’exister dans l’élite malgré des moyens limités», souligne Romain Chenaud. Les jeunes, eux, voient surtout Chalon comme une porte d’entrée privilégiée vers le professionnalisme. «Seuls deux des douze joueurs de ma volée ne vivent pas du basket aujourd’hui. Certains ne sont pas en première division ou dans les meilleurs clubs, mais le ratio reste impressionnant», note Assane Ndoye.

La reprise des entraînements collectifs aura lieu dans une semaine. Lui est déjà de retour en ville, où il occupe ses journées entre la salle de musculation, les rives du lac des Prés-Saint-Jean pour courir et le parquet du Colisée. «Clint, c’est mon gars, j’ai joué avec lui, et il y a une part de fierté à le voir réussir ainsi. Forcément, ça motive à donner le meilleur de soi-même.» Le grand jeune homme doit aller travailler son shoot. Il salue, et par un couloir gris s’en va, sur les traces de Thabo Sefolosha, Clint Capela et les autres.

Agenda: des matchs capitaux

L’équipe de Suisse de basketball affrontera le Portugal ce samedi à 19 heures à Fribourg dans le cadre d’un tour pré-qualificatif en vue de l’Euro. Pour aller de l’avant, elle doit terminer en tête d’un mini-groupe où figure encore l’Islande. Elle comptera notamment sur les dunks de sa star Clint Capela.